Une entreprise ne dépose pas le bilan parce qu'elle perd de l'argent, mais parce qu'un jour elle n'a plus
de quoi payer. Ce guide explique pourquoi le solde bancaire ment, comment construire un prévisionnel à
treize semaines, et ce que le chèque et la traite changent au Maroc.
Mis à jour le 19/07/2026·Lecture : 9 minutes
L'essentiel en cinq points
Le résultat et la trésorerie sont deux choses différentes : le premier ignore les
dates de paiement, la seconde ne vit que de cela.
Le solde bancaire n'est pas votre trésorerie : il ignore les chèques émis non
présentés et les traites à échoir, déjà dépensés mais encore visibles.
Un prévisionnel à treize semaines, actualisé chaque semaine, couvre l'horizon sur
lequel presque tout est déjà connu.
Les encaissements se suivent par date d'échéance, pas par date de facture — c'est la
seule date qui a un effet sur le compte.
Le rapprochement bancaire sert à trouver ce qui manque, pas à cocher ce qui
correspond.
Rentable et à sec : comment c'est possible
Le compte de résultat additionne les ventes d'une période et en retranche les charges de la même période. Il ne
pose jamais la question de savoir quand l'argent entre et sort. Une facture émise le 31 décembre
compte dans le résultat de l'exercice, qu'elle soit encaissée en janvier ou en juin. La trésorerie, elle, ne
connaît que les dates.
L'écart entre les deux porte un nom : le besoin en fonds de roulement. Le mécanisme est
simple. Une entreprise achète, stocke ou transforme, vend, puis attend d'être payée. Pendant tout ce temps,
elle a décaissé sans rien encaisser. Ce trou doit bien être financé par quelqu'un : par ses fournisseurs s'ils
lui accordent du délai, par sa banque, ou par elle-même.
Le piège de la croissance
D'où une conséquence contre-intuitive : plus une entreprise rentable grandit vite, plus elle manque de
trésorerie. Doubler le chiffre d'affaires double immédiatement les achats à financer et l'encours
client, alors que la marge supplémentaire n'arrivera sur le compte que des mois plus tard. Le carnet de
commandes est plein, le résultat prévisionnel est bon, et le compte est à sec — situation d'autant plus
déroutante que tous les indicateurs habituellement regardés sont au vert.
Trois leviers agissent sur ce besoin, un seul est rapidement sous contrôle : raccourcir le délai
d'encaissement client. Allonger le délai fournisseur se négocie et se heurte à
l'encadrement légal des délais de paiement ; réduire les stocks prend des
mois. Facturer plus vite et relancer plus tôt produit un effet dès la semaine suivante.
Le solde bancaire ne dit pas la vérité
C'est le point le plus mal compris du pilotage de trésorerie, et celui qui coûte le plus cher. Le chiffre
qu'affiche la banque est exact, mais il répond à une autre question que celle du dirigeant. La banque dit :
« voici ce qui est passé sur le compte ». Le dirigeant demande : « de combien puis-je disposer ? ». Ce n'est
pas le même nombre.
Comparaison entre solde bancaire, solde comptable et solde disponible
Solde
Ce qu'il contient
Son angle mort
Solde bancaire
Les seules opérations effectivement passées par la banque
Tout ce qui est émis mais pas encore présenté : chèques en circulation, traites à échoir,
prélèvements annoncés
Solde comptable
Les écritures enregistrées, chèques émis déduits dès leur émission
Ce que la banque a passé et que l'entreprise n'a pas encore saisi : frais, agios, virements
reçus non identifiés
Solde disponible
Le solde bancaire, diminué des engagements déjà pris et non encore débités
Aucun — à condition que les chèques et les traites soient suivis jusqu'à leur encaissement
réel
Le chèque émis, angle mort du relevé
Un chèque remis à un fournisseur le 3 du mois peut être présenté le 5, le 20, ou six semaines plus tard. Entre
les deux, l'argent est engagé mais toujours visible sur le relevé. Une entreprise qui a émis
pour 400 000 dirhams de chèques non encore présentés et qui lit 500 000 dirhams sur son application bancaire ne
dispose pas de 500 000 dirhams : elle dispose de 100 000. Décider d'un achat sur la base du premier chiffre,
c'est provoquer un incident au retour des chèques — et un incident de paiement sur chèque n'est pas un incident
ordinaire au Maroc.
Le raisonnement vaut en sens inverse pour les effets reçus des clients. Un chèque en portefeuille n'est pas de
la trésorerie : c'est une promesse datée, qui peut revenir impayée. Sujet développé dans le guide consacré à la
gestion des chèques et des traites.
Construire un prévisionnel à 13 semaines
Le prévisionnel répond à une seule question : à quelle date, si rien ne change, le solde passe-t-il sous
zéro ? Tout ce qui n'aide pas à y répondre peut en sortir. Il se construit en partant du solde disponible
du jour, puis en ajoutant et retranchant, semaine par semaine, ce qui est connu.
Postes à intégrer dans un prévisionnel de trésorerie à 13 semaines
Poste
Où le trouver
Date à retenir
Encaissements clients
Factures clients émises et non soldées
Date d'échéance, jamais la date de facture
Chèques et traites reçus
Portefeuille d'effets
Échéance de l'effet, plus le délai d'encaissement
Décaissements fournisseurs
Factures d'achat en attente de règlement
Date d'échéance convenue avec le fournisseur
Chèques émis et traites acceptées
Registre des effets émis
Date de présentation attendue
Salaires et charges sociales
Paie du mois
Date de virement, puis date de règlement des cotisations
Échéances fiscales
Calendrier TVA, IS, acomptes
Date limite de paiement
Emprunts et crédit-bail
Tableaux d'amortissement
Date de prélèvement
Droits et taxes à l'importation
Dossiers d'importation en cours
Date de dédouanement
Investissements engagés
Commandes signées non livrées
Date de règlement prévue au contrat
Pourquoi treize semaines et pas douze mois
Treize semaines, c'est un trimestre. Sur cet horizon, l'essentiel des flux est déjà déterminé :
les factures sont émises, les effets sont en portefeuille, les échéances sont contractuelles. Le prévisionnel
décrit alors une réalité, pas une intention. Au-delà, il faut supposer des ventes non encore signées :
l'exercice reste utile, mais il devient un budget, et un budget ne dit pas quel jour le compte passe dans le
rouge.
La semaine est la bonne maille pour la même raison. Un prévisionnel mensuel lisse les creux : un mois peut
s'équilibrer parfaitement et comporter une semaine impossible, celle où la paie tombe avant l'encaissement du
principal client.
À quelle fréquence l'actualiser
Une fois par semaine, le même jour, en faisant glisser l'horizon : la semaine écoulée sort, une nouvelle entre à
l'autre bout. L'exercice prend une demi-heure quand les données sont tenues, une journée quand il faut les
reconstituer — et c'est pour cela qu'il est si souvent abandonné. Actualiser ne consiste d'ailleurs pas à
ajouter des lignes, mais à comparer ce qui était prévu à ce qui s'est produit : un encaissement
attendu qui n'est pas arrivé est l'information la plus précieuse de la semaine.
Ce qui est propre au contexte marocain
Le chèque et la traite décalent le paiement réel
Dans beaucoup d'économies, régler par virement signifie que l'argent part le jour même. Au Maroc, le chèque et
la traite restent des instruments centraux, et ils introduisent un décalage de plusieurs semaines entre
l'accord de paiement et le mouvement de fonds. Une trésorerie pilotée sur les seuls relevés ne voit donc jamais
sa position réelle : elle la découvre au moment de la présentation.
Des délais encadrés par la loi
La loi 69-21 fixe les délais de paiement entre entreprises, rend
l'indemnité de retard exigible de plein droit et impose une déclaration trimestrielle au-delà d'un certain
chiffre d'affaires. Deux effets sur la trésorerie : les retards subis deviennent chiffrables et réclamables,
les retards infligés deviennent visibles. Financer sa trésorerie en payant tard ses fournisseurs est désormais
un risque documenté.
Saisonnalité et importation
Certains secteurs concentrent leur activité sur quelques mois : l'agroalimentaire au rythme des campagnes, le
textile au rythme des collections, le tourisme au rythme des saisons. Le prévisionnel doit alors couvrir le
creux avec les ressources dégagées pendant le pic, ce qui suppose de ne pas confondre une trésorerie abondante
en haute saison avec une trésorerie durablement saine.
Les importateurs subissent un décalage supplémentaire : droits et taxes se règlent au dédouanement, avant que
la marchandise soit vendue et bien avant qu'elle soit encaissée. Entre le paiement au port et l'encaissement du
client final, l'entreprise porte seule la charge, en devise pour la part fournisseur et en dirhams pour la part
fiscale.
Le rapprochement bancaire, correctement compris
Le rapprochement est souvent vécu comme une formalité comptable annuelle. C'est un contresens. Son objet n'est
pas de valider les lignes qui correspondent — celles-là ne posent aucun problème — mais d'isoler celles
qui ne correspondent pas. Ce sont les seules qui apprennent quelque chose.
Quatre situations en sortent presque toujours : un chèque présenté beaucoup plus tôt ou plus tard que prévu,
qui décale la position réelle ; un prélèvement que personne n'avait anticipé ; des frais et commissions jamais
enregistrés, qui s'accumulent ; un encaissement reçu sans qu'on sache à quelle facture il se rattache, donc une
facture réputée impayée alors qu'elle est réglée.
Un écart qui persiste d'un mois sur l'autre n'est jamais anodin : il signale un mouvement bancaire jamais
comptabilisé, un règlement enregistré qui n'a jamais eu lieu, ou un chèque émis oublié toujours en circulation.
Fait chaque mois, le rapprochement isole l'anomalie sur trente lignes ; fait une fois par an, il oblige à la
chercher dans douze relevés.
Les signaux d'alerte à surveiller
Le délai moyen d'encaissement s'allonge. À suivre mois après mois, globalement et par
client : une dérive de quelques jours passe inaperçue et, cumulée sur l'encours, immobilise beaucoup.
Le chiffre d'affaires se concentre sur quelques clients. Ce n'est pas qu'un risque
commercial : le retard d'un seul client suffit alors à créer une impasse de trésorerie.
Le recours au découvert devient structurel. Un découvert ponctuel absorbe un décalage.
Utilisé en permanence, jamais revenu au vert, il ne finance plus un décalage mais une perte ou un besoin en
fonds de roulement devenu hors de portée.
Les chèques émis en attente s'accumulent. Un encours d'effets émis qui grossit signifie
que les paiements sont repoussés, et que le solde bancaire s'éloigne de la trésorerie réelle.
Des impayés reviennent sur les effets reçus. Un chèque impayé annule un encaissement tenu
pour acquis, souvent après que la somme a été dépensée.
Les erreurs courantes
Confondre carnet de commandes et trésorerie. Une commande n'est ni une facture ni un
encaissement. Un carnet plein rassure sur l'avenir et ne dit rien sur la capacité à passer le mois.
Actualiser le prévisionnel trop rarement. Mis à jour une fois par mois, il donne dès la
troisième semaine une image trop ancienne pour servir à décider.
Suivre les encaissements par date de facture. Seule la date d'échéance a un effet sur le
compte ; classer par date d'émission masque exactement ce qu'on cherche à voir.
Considérer une facture soldée à la remise du chèque. Elle ne l'est qu'à l'encaissement.
Entre les deux, le règlement peut ne jamais avoir lieu.
Tenir le tout sur un tableur que seule une personne sait lire. Le fichier fonctionne tant
que son auteur est là ; le jour où il est absent, personne ne sait quelles formules sont à jour, quelles
lignes sont figées, ni si le solde affiché tient compte des chèques en circulation.
Comment Floussa traite ce sujet
Floussa a été construit dans une entreprise marocaine qui rencontrait ces problèmes au quotidien. Le pilotage
de trésorerie y repose sur quelques principes directement issus de ce qui précède :
Un calendrier des échéances réunit échéances clients et fournisseurs sur la même vue, à
leur date réelle : la matière première du prévisionnel, tenue sans ressaisie.
Le suivi des encaissements recalcule automatiquement, après chaque règlement, le statut de
la facture client — payée, partiellement payée, en retard — le montant restant dû et la prochaine échéance.
Les chèques et les traites sont suivis jusqu'à l'encaissement effectif, émis comme reçus.
Un effet revenu impayé remet la facture en attente de règlement et la retire des sommes encaissées, au lieu
de laisser une facture faussement soldée.
Le rapprochement bancaire est assisté par l'IA : le relevé est lu automatiquement et les
correspondances avec les chèques, traites et règlements enregistrés sont proposées avec un niveau de
confiance. Aucune proposition ne s'applique seule — chaque rapprochement est confirmé par un utilisateur
avant d'avoir le moindre effet.
Le tableau de bord affiche le montant restant à encaisser, les factures en retard et
l'encaissé du mois, sans avoir à ouvrir un fichier.
Le multidevise couvre le dirham, l'euro et le dollar, avec les taux saisis par
l'entreprise dans ses propres documents plutôt qu'une cotation externe.
Ce que Floussa ne fait pas. L'outil n'est pas connecté à vos comptes bancaires et ne décide
rien à votre place. Il tient à jour les échéances, les règlements et l'état des effets pour que la position de
trésorerie soit lisible à tout moment ; les arbitrages, la relation bancaire et le conseil restent l'affaire du
dirigeant et de son expert-comptable.
Quelle différence entre solde bancaire et trésorerie disponible ?
Le solde bancaire ne contient que les opérations déjà passées en banque. La trésorerie disponible retranche ce qui est engagé mais pas encore débité : chèques émis non présentés, traites à échoir, prélèvements connus. Un compte affichant un solde confortable peut être déjà entièrement engagé.
Pourquoi une entreprise rentable peut-elle manquer de trésorerie ?
Parce que le résultat mesure une différence entre produits et charges sur une période, sans tenir compte des dates de paiement. Une entreprise qui règle ses fournisseurs à 60 jours et encaisse ses clients à 120 avance la différence sur ses propres fonds. Plus elle vend, plus cette avance grossit : la croissance consomme de la trésorerie avant d'en produire.
Comment faire un prévisionnel de trésorerie ?
En listant, semaine par semaine, les encaissements attendus à leur date d'échéance réelle et les décaissements engagés : fournisseurs, salaires et charges sociales, échéances fiscales, remboursements d'emprunt, chèques et traites à échoir. On part du solde disponible du jour, et non du solde bancaire, puis on cumule.
Pourquoi un prévisionnel à 13 semaines plutôt qu'à 12 mois ?
Treize semaines correspondent à un trimestre, l'horizon sur lequel les encaissements et décaissements sont majoritairement déjà connus : factures émises, effets en portefeuille, échéances contractuelles. Au-delà, le prévisionnel repose sur des hypothèses commerciales et devient un exercice budgétaire, utile mais différent.
À quelle fréquence mettre à jour son prévisionnel de trésorerie ?
Une fois par semaine, à jour fixe, en faisant glisser l'horizon d'une semaine. Un prévisionnel actualisé une fois par mois donne, la troisième semaine, une image trop ancienne pour servir à décider.
Qu'est-ce que le rapprochement bancaire ?
C'est la comparaison entre les mouvements enregistrés dans l'entreprise et ceux figurant sur le relevé bancaire. Son intérêt n'est pas de cocher les lignes qui correspondent, mais d'isoler celles qui ne correspondent pas : chèque encaissé plus tôt que prévu, prélèvement inconnu, frais non enregistrés, encaissement client jamais rapproché d'une facture.
Avertissement
Cette page présente des principes généraux de gestion de trésorerie appliqués au contexte des entreprises
marocaines. Elle ne constitue ni un conseil financier, ni un conseil comptable, ni un conseil juridique. Les
obligations légales et fiscales évoluent : vérifiez les règles en vigueur auprès de votre expert-comptable ou
de votre conseil avant toute décision. Dernière vérification du contenu : 19/07/2026.
Connaître sa position réelle, pas son solde
bancaire
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l'encaissement effectif et recalcule vos en-cours après chaque règlement. L'offre gratuite ne demande pas
de carte bancaire.